samedi 16 janvier 2010

Bons baisers de Bujumbura

Les plus sceptiques –dont j'étais, soyons honnêtes- en auront le souffle coupé : il y a Internet au Burundi. Ce qui me permet, 32 heures à peine après avoir traversé le tarmac défoncé de l'aéroport, de vous donner des nouvelles, et même de poster quelques photos.


Par où commencer ? Tant de choses nouvelles déjà..


Bon, faisons preuve de logique, commençons par le voyage, tiens ! Je vous passe les "au revoir", c'est toujours un peu déprimant de quitter ceux et ce qu'on aime pour … heu… appelons un chat un chat, pour l'inconnu. Après 18 heures de trajet depuis Lyon Part-Dieu, une escale à Addis Ababa, puis une autre à Nairobi (pas prévue, celle-là. Enfin si, Ethiopian Airlines savait. Moi pas. Ce qui m'a valu un petit coup de flippe, du genre "non, t'es quand même pas assez c*** pour t'être plantée d'avion, ma fille") je peux vous faire la pub pour Ethiopian Airlines. Le trajet s'est aussi bien passé que possible ("Caro, arrête de penser que tu sais pas où tu seras dans trois heures", "Caro, arrête de penser que les chiennes ne sont pas sorties depuis lundi", "Caro, arrête de penser qu'ils sont en train de récupérer du Gobble du mercredi à Stoke", "Caro, arrête de penser, B***** !"), et c'est donc avec les yeux gonflés (de sommeil, bien sûr) mais pleine de bonne volonté que je suis descendue de l'avion, qui finalement allait bien à Bujumbura. En fait, c'est juste que Bujumbura est une destination tellement prisée qu'ils n'arrivent même pas à remplir une carlingue déglinguée, tant et si bien qu'on était une quinzaine entre Nairobi et Bujumbura, tandis que l'avion avait décollé plein d'Addis Ababa.


Astère, mon Maitre de Stage m'attendait à l'aéroport. Ce qui m'a valu la première gaffe de mon voyage africain. J'attendais mes bagages dans le "hall" (comprenez le sol carrelé, couvert par des taules, mais sans murs, juste quatre poutres pour tenir le tout) de l'aéroport, et un jeune homme noir s'approche de moi et prend mes bagages, d'un air confiant. Là, je précise que j'étais la seule fille blanche, et que donc si quelqu'un attendait une Française, c'est vers moi qu'il se serait dirigé. Je lui demande donc s'il est bien Astère. "Yé, yé., tout ok !". Bon, bizarre, le Maitre de stage, mais on va dire qu'il est timide. Je le suis donc, le remerciant chaleureusement pour m'aider à porter mes 40 kg de boites de médocs et autre moustiquaire. A la sortie de l'aéroport, j'aperçois un autre jeune homme noir, avec un panneau "IBJ". Hum hum… Intéressant. Y'aurait-il deux Astère ? En fait, nan, c'est juste que comme il n'y a pas de charriot à l'aéroport, des Burundais se chargent de porter nos bagages, moyennant une pitite compensation. Heureusement, le deuxième Astère était beaucoup plus normal que le premier. Et très sympa. Il m'a amenée au centre, on a fait un tour de la ville, vu le lac, puis il m'a amenée à la guesthouse, où je suis ce soir et où je resterai le temps de trouver une collocation. Ensuite, on est allés au bureau d'IBJ, où j'ai rencontré les autres membres burundais, à savoir Claire ("assistante de direction", joli nom pour dire secrétaire/standardiste/boniche) et Herman, avocat.




La "rue" qui mène à la guesthouse. En arrière plan, les collines, qui plongent, au sud de la ville, dans le lac.


Entre temps nous sommes allés changer mes euros en Francs Bu, et cette expérience mérite d'être mentionnée. "Le taux de la banque centrale burundaise, c'est n'importe quoi. Je vais t'amener au marché noir, là tu vas avoir plus d'argent". Soit. Je n'étais pas d'humeur contrariante, et le bureau de Genève m'avait prévenue. Je me suis donc retrouvée derrière une baraque en taules, à faire passer des liasses de billets sous une grille crasseuse. Amis de la légalité, passez votre chemin.


Enfin, nous avons mangé au bord du lac. C'était drôlement bon et magnifique. La soirée était très irréelle, à manger du poisson du lac Tanganyka, les pieds dans le sable, avec un Burundais que je connaissais à peine, n'ayant pas dormi ou presque depuis plus de trente-six heures. Mais très agréable quand même.


Aujourd'hui, je suis allée me balader un peu, mais la guesthouse est excentrée, dans le quartier riche (j'habite en face du Vice-Président burundais, c'te classe), et j'ignore encore dans quels quartiers il faut éviter de se promener à pied, car il y en a qu'il faut éviter. Je suis également allée à l'épicerie du coin faire le plein de fruits, qui sont délicieux. Je peux même, pour la modique somme de 5 320 FrancsBu, m'offrir une choucroute garnie. Mondialisation, quand tu nous tiens ! Dans un souci d'intégration, je m'en suis quand même tenue aux avocats et aux bananes.



Le jardin de la guesthouse


La vie à la guesthouse est sympa. On rencontre plein de gens –blancs, sans exception- différents. J'ai notamment discuté avec un couple débarqué de Bruxelles il y a dix jours, en mission pour trois ans pour la commission européenne. Lui est Espagnol, elle est Ecossaise, et ils ont le cafard grave. Les miracles de l'UE. A notre petit groupe s'est ajouté Kriestin, une consultante flamande pour une ONG qui était remontée après l'UE pour ses lourdeurs administratives quand il s'agit d'allouer un budget aux ONG. Beau débat en perspective.


C'est à peu près tout pour ce qui est de mon arrivée ici. J'ai fait de cet article une description détaillée de l'emploi-du-temps, à savoir pile ce que je voulais éviter pour ce blog, mais il est trop tôt je crois pour les grandes réflexions ou les amorces de bilan. A ceux qui s'inquiètent (Oui, Mère, oui, Père, c'est de vous dont je parle), rassurez-vous, tout va bien se passer. Je suis moi-même plus sereine que jeudi soir.


Merci, merci, et encore merci pour vos mails et ptits messages sur Facebook (ourch, faut-il que je sois seule pour remercier Facebook d'exister), ils me font très plaisir.


A très bientôt,


Caro


PS : j'aurais voulu prendre plus de photos, mais je trouve que cela fait vraiment touriste de dégainer l'appareil à chaque coin de rue. Alors la suite au prochain numéro !

7 commentaires:

  1. Hihi merci, je vois que je ne suis pas la seule à m'être faite avoir par les porteurs à l'aéroport^^.
    La guest house a l'air vraiment chouette, y'a de la pelouse en plus, en fait c'est civilisé le Burundi !?^^
    Sinon, je te conseille d'abuser des fruits, si tu veux compenser l'apport MASSIF en féculents !
    Bon courage pour la suite, j'attends des nouvelles !!!
    Bisous

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  2. Pas mal le coup du porteur :D
    J'espère que tu vas vite te faire à la vie à l'africaine, et surtout profites bien !
    Cuidate !

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  3. Mmmmm ces premières aventures en annoncent d'autres encore plus rocambolesques héhé, j'adore ta description de l'aéroport, ça fait très "guérite" !

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  4. Hey ! Merci les filles. Sarah, le Burundi est civilisé dans une certaine mesure (cf. mon article à venir sur la visite d'une prison à l'intérieur d pays).
    Après la gelée anglaise, les féculents sont un pur bonheur ! Restent plus que le Chili con Carne et goulash, mais là je compte sur Elo et Eva l'année prochaine !!!

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  5. Ok, là tout de suite, on sent vraiment la belle aventure, ca me rapelle mes débuts au Liban dans l'ONG palestienne ! en tout cas elle a l'air d'avoir une utilité ton ONG !!

    NB de politique : tu te pleins de ton aéroport, mais bizarreemnt, le Burundi n'est pas conserné par les mesures américaines de contrôles renforcés des passagers de ces pays : le Liban SI !!! rahh Vive l'Afrique !!!

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  6. Content de voir que tout se passe bien pour toi et que tu sembles bien t'y plaire. Pour reprendre la comparaison avec la Corse, le chemin d'accès à la "guesthouse" est en meilleur état que celui qui amène à la demeure parentale.
    Pour les féculents, c'est la même chose en Norvège sauf que je ne mange pas Norvégien ... l'influence des collocs et des origines sans doutes.

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  7. Oui, oui, une belle expérience en cours, les garçons.
    Antho, je n'ai jamais douté du fait qu'il n'y a rien de pire qu'une route corse. Quant à toi, Yves, je suis navrée de t'apprendre que je ne participe pas à la compétition du pays le plus dangereux. Je te laisse volontiers jouer seul, d'autant qu'avec le Liban et Israël, tu as toutes tes chances de gagner ! ^^

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