Blague très en vogue dans l'élite de Bujumbura, et qui reflète tristement la réalité. Au cours de cette semaine, j'ai beaucoup appris sur le Burundi, qui a, tenez-vous bien, sa propre histoire.
Quand j'ai accepté ce stage, ici ou ailleurs, peu importe où on m'expédiait. On m'aurait envoyée à Kinshasa ou Abidjan, je n'aurais pas été pénible. Pour moi, l'Afrique était l'Afrique. Or, y a-t-il besoin de le préciser, entre un Congolais et un Ivoirien, il y a à peu près autant de points communs qu'entre un Québécois et un Mexicain ?
Révélation suprême, le Burundi a donc sa propre culture. Il la partage avec le Rwanda, puisque les deux pays n'en formaient qu'un jusqu'en 1962. Je n'ai pas encore compris pourquoi ils se sont séparés, mais n'allez surtout pas dire à un Burundi qu'il est Rwandais (cela engendre un drame diplomatique du même acabit que celui de l'Ecossais comparé à l'Anglais). Pourtant, on parle quasi la même langue (respectivement, les Kirundi et Kinyarwanda, qui se ressemblent comme le British et l'American English), la géographie est la même (tant au niveau de la taille –tout petits pays-, qu'au niveau du relief –très vallonné-), le climat est le même (équatorial, très humide), l'histoire est la même, et le génocide est le même aussi.
Il y a un an encore, l'accès à l'intérieur du pays nécessitait un visa. Aujourd'hui, on peut circuler librement, en toute sécurité grâce à l'armée qui est omniprésente, jusqu'au couvre-feu de 18 heures.
Pour en revenir au début de l'article, le Burundi est donc aujourd'hui au fond du précipice (cf. "le pas en avant"). Quatrième pays le plus pauvre du monde en terme de RNB par habitant, son budget national est composé d'environ 60 à 70% de l'aide internationale. Tout est désorganisé, corrompu, abandonné. A Bujumbura-centre, les Bazūngu (les Blancs) peuvent vivre à des standards quasi-occidentaux, et l'élite Burundaise aussi ; mais dès qu'on fait trois ou quatre kilomètres et qu'on entre dans les bidonvilles, c'est très triste. On n'y croise évidemment pas de Bazūngu (je n'ai moi-même fait que traverser ces quartiers en voiture, et c'est pas demain la veille que j'y mettrai les pieds seule). Les gens y vivent dans des maisons en terre et en paille, dans lesquelles je n'oserais pas laisser mes chiennes plus de deux heures de peur qu'elles s'étouffent avec la poussière (le premier qui dit que mes chiennes sont des petites natures, je l'étrangle). Les gosses à moitié habillés sont posés par terre, au milieu de détritus, et attendent que le temps passe. Les femmes, avec d'immenses pots sur la tête, un gamin dans le dos et deux autres accrochés à leurs mains, et de grands seaux d'eau, traversent pied nus les rues. Bref, c'est pas joli-joli.
Lorsqu'on pénètre à l'intérieur du pays, juste après les bidonvilles, c'est encore différent. Les villages sont très vastes. Pour aller à la mairie du village de Kabezi avant-hier, par exemple, il nous a fallu une heure. Une demi-heure de route pour faire les quinze bornes qui nous séparaient de Bujumbura, et une demi-heure de chemin -on ne peut même parler de piste- pour monter à la mairie, au sommet du village (rappeler vous, les montagnes qui tombent dans le lac : la route goudronnée longe le lac, et si on veut monter au cœur du village, il fat prendre des chemins). Là encore, la pauvreté est terrible. Les maisons sont minuscules, très espacées, souvent à moitié effondrées.
Tout le monde le dit, cette situation s'est empirée depuis 1993. Il y a vingt ans, l'économie fonctionnait encore, avec un quartier industriel dynamique. Aujourd'hui, le quartier industriel, au nord de la ville, est un vrai coupe-gorge où seul les bandits s'aventurent. La seule usine qui n'ait pas fait faillite pendant la guerre est la distillerie Amstel… Et pour cause, l'alcoolisme est un véritable fléau, et la vente d'alcool est une activité fructueuse. Avec les 60 cL de bière à 500 FBu (environ 25 centimes d'euros) dans la capitale et la moitié à l'intérieur, tout le monde ou presque peut se l'offrir. Contrairement à l'eau, où les 50 cL coûtent à l'intérieur jusque 2000 FBu (moins dans la capitale, où l'eau est courante presque partout). L'alternative est un Fanta (mot générique pour désigner les sodas en général), qui sont à 1000/1500 FBu. Le paradis pour les expats, une tragédie pour les Burundais.
Pour évoquer la guerre, on utilise très rarement ce terme. Astère m'en a parlé le premier soir, je suis depuis censée avoir intégré. Depuis, il utilise, comme tous les Burundais, des euphémismes tels que "les évènements", ou "la crise", ou "1993" tout simplement. Jamais "la guerre".
J'aimerais illustrer mon propos avec des photos. Mais, comme je vous l'ai déjà dit, c'est très délicat. Le Burundi n'étant pas un pays touristique, les Burundais ne sont pas habitués à voir les gens mitrailler (au sens figuré ; la mitraille au sens propre étant une activité courante dans le coin). C'est donc très suspect et impoli de prendre en photo. J'ai photographié quelques splendides paysages, mais pour ce qui est des villages, ce n'est que des photos volées prises de derrière les vitres tintées de la voiture. C'est la raison pour laquelle les photos n'ont pas grand-chose à voir avec ce que je vous raconte. En plus, comme la connection est mauvaise, je suis obligée de les alléger, et donc de diminuer leur qualité.
Dites-donc, les jeunes, il est gai cet article, hein ? Ca donne envie de venir lire le suivant, pas vrai ? Allez, de peur de perdre tous mes lecteurs, je vais finir sur une note positive. Vous vous souvenez que je m'étais targuée d'habiter à côté du vice-président. C'est non seulement la classe, mais c'est aussi très pratique. On est, comme par hasard, un des premiers quartiers à bénéficier de l'électricité après les (très) fréquentes et parfois (très) longues coupures… Heu, pas terrible la note positive…
Caro
Encore le jeune burundais, c'est un peu particulier de voir le regard que peut porter une européenne sur mon petit, et pas très riche (aah l'euphémisme)pays, je suppose que c'est votre premier voyage en afrique, mais vous n'avez pas parlé des tutsis et des hutus, faut savoir que vous aurez deux versions différentes de l'histoire du Burundi selon que vous parlez à un hutu ou à un tutsi.
RépondreSupprimerJe suis juste curieux de savoir dans quel domaine vous faites votre stage. Et arrêtez de vous 'moquer' de la pauvreté des burundais, on a plein d'autres valeurs à mettre en avant. Bon séjour à Bujumbura anyway!!
Merci pour cette leçon de morale, William. Je suis désolée que tu aies cru que je me "moquais" de ton pays. Ce n'est pas le cas. Sache avant tout que cet article ne t'est pas destiné, je tiens ce blog pour ma famille et mes amis. Pas pour les gens ici, qu'ils soient Burundais ou expats. Il est donc écrit pour des gens restés en Europe, qui n'ont pour la plupart jamais mis les pieds en Afrique (comme moi avant, bien vu!).
RépondreSupprimerJe serai ravie de me justifier, et surtout me défendre, mais ici n'est pas l'endroit. Laisse moi ton mail si le coeur t'en dit.
Et tu vis dans un pays magnifique. Navrée que tu aies pu croire que je pensais le contraire.